
L'exposition
Smyrne / Izmir, Portrait d'une ville à travers les collections françaises
(9 octobre - 30 novembre 2006) s'inscrit dans le cadre d'un programme
pluriannuel d'activités du Centre dans le domaine de l'histoire
et du patrimoine.
"
De l'agora à la ville contemporaine "
Outre
l'exposition, ce projet pluriannuel en trois volets, se propose
de réunir chaque année des chercheurs lors d'un colloque, autour
des questions liées à l'histoire de la ville d'Izmir et plus particulièrement
son rapport à l'Europe.
En
2006, ce colloque, qui réunit des spécialistes provenant de nombreux
pays, portera sur les relations entre la France et la ville pendant
la période 1600-1900. Les interventions, qui touchent aussi bien
aux relations économiques, politiques, scientifiques et culturelles,
seront publiées dans les Actes du Colloque. En 2007 et 2008, les
colloques s'intéresseront au patrimoine du XXe siècle et aux projets
de mise en valeur de ce patrimoine dans le cadre de la politique
de réhabilitation urbaine menée par les Mairies et la Chambre de
Commerce. En 2006, le Centre Culturel se dotera, en partenariat
avec l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes et les institutions
locales existantes (Universités, Musée de la Ville Ahmet Piriþtina)
d'un Centre de Recherches et de Documentation sur l'histoire et
le patrimoine de la ville d'Izmir. Ce Centre de recherche a pour
vocation de facilité l'accès à la documentation, l'accueil des chercheurs
et les échanges entre public et professionnels. Il se situera dans
un nouvel espace réalisé au-dessus de la bibliothèque - médiathèque
du Centre Culturel Français.
Ces
différentes activités bénéficient d'ores et déjà de soutiens institutionnels
ou privés : Ministère français des Affaires Etrangères, Chambre
de Commerce d'Izmir, Société Arkas…
L'exposition
présentera :
Au
Musée de la Chambre de Commerce d'Izmir - des moulages ou originaux
d'objets provenant pour la plupart du département des antiquités
du Louvre et du Cabinet des médailles au Centre Culturel français
d'Izmir :
-
des documents, en grande partie inédits, relatifs à l'évolution
topographique et historique de la ville : livres anciens, cartes,
plans, gravures, carnets de voyages, relevés botaniques, croquis,
dessins… provenant essentiellement de la BNF mais aussi des bibliothèques
municipales de Lyon et Nancy.
-
une cartographie actualisée des vestiges visibles sur le cadastre
actuel (d'une par les vestiges actuellement visibles, d'autre part
les vestiges représentés sur des documents anciens).
Le
catalogue de l'exposition, outre la présentation et les commentaires
afférents aux œuvres exposées, comprendra une série de courts articles
permettant de situer dans leur contexte historique ces objets et
surtout de montrer comment l'image de la ville reste tributaire,
à côté des ouvrages des érudits ou voyageurs orientaux (Ibn Battuta,
Piri Reis, Evliya Çelebi), des descriptions plus ou moins précises
qu'en donnent les voyageurs européens après la conquête ottomane
(1425).
L'intérêt
de ses voyageurs se porte à part égale sur les restes de la cité
antique et sur le renouveau de la ville qui devient un des plus
grands centres d'échange commercial entre l'Orient et l'Occident.
Si
les récits sont pour la plupart connus, l'exposition sera pour la
première fois l'occasion de se pencher sur l'ensemble des représentations
graphiques qui permettent de suivre pas à pas les transformations
de cette cité cosmopolite aux portes de l'Empire ottoman.

Le
premier espace d'exposition trace le portrait de la cité antique
au travers d'objets (répliques ou originaux) liés à la fondation
et à l'évolution de la nouvelle Smyrne, refondée vers 300 avant
JC - d'après la légende selon un souhait d'Alexandre - par ses successeurs
Antigone et Lysimaque, sur le site de la ville actuelle, au pied
du Mont Pagos. Les objets ont étés choisis en fonction de leur signification
historique ou de leur iconographie qui apporte des renseignements
de première main sur l'aspect et les activités de la ville antique.
Port
de commerce prospère, la ville connaîtra, malgré les calamités naturelles
(notamment le terrible tremblement de terre de 178 ap. JC), de longues
périodes de développement économique et urbain, qui se traduisent
sous la domination romaine par la construction de bâtiments exceptionnels
(basiliques, théâtre, temples) dont les dimensions rivalisent avec
celles de leur modèle romain. Mais Smyrne n'est pas qu'un port :
son école de médecine, ses rhéteurs, parmi lesquels le célèbre Aelius
Aristide, ses hommes de science, témoignent de la place prise par
ses élites intellectuelles. Smyrne est en perpétuelle rivalité avec
Ephèse, capitale de la province d'Asie, et se dote d'un décor urbain
qui lui permet de se proclamer " plus belle cité d'Asie ".
Commissaires
de l'exposition :
Isabelle
Hasselin, Didier Laroche, Jean-Luc Maeso, Jean-Luc Martinez, Ludovic
Laugier .

La
deuxième partie de l'exposition est consacrée à la redécouverte
de Smyrne après une période trouble qui va de la fin de l'Empire
byzantin à la conquête ottomane. Pendant cette période, Izmir est
constamment un champ de bataille entre l'occident chrétien (Croisés,
Génois, Vénitiens…) et les puissances émergentes de l'Orient musulman
(Arabes, Seldjoukides, Tamerlan…).
La
paix retrouvée, Izmir attire des commerçants de toutes nationalités,
dans la ville reconstruite se côtoient Turcs, Francs, Italiens,
Arméniens, Grecs, Juifs, chaque communauté possédant son quartier,
ses édifices de culte, ses coutumes. Sous la bienveillante autorité
de l'administration ottomane, cette heureuse cohabitation frappe
les visiteurs, même si les rivalités économiques et les clivages
culturels ne favorisent guère la mixité.
Dans
ce contexte, les Français occupent une place de choix, qui se traduit
notamment par la prépondérance de la langue française, qui se maintiendra
jusqu'à l'aube du XXe siècle et le réveil des nationalismes.
De
nombreuses gravures permettent de suivre la disparition progressive
des édifices antiques et l'urbanisation de la ville jusqu'à l'émergence
d'une cité moderne dotée du premier réseau ferré de l'Empire ottoman.

Espion envoyé par Colbert pour mettre sur pied un chimérique projet
de conquête de l'Empire ottoman, Gravier d'Ortières fait réaliser
des plans et des vues de grande qualité de la baie d'Izmir et des
fortifications maritimes.

Chargé
de l'illustration du " Voyage du Jeune Anacharsis en Grèce ", le
géographe Jean-Denis Barbié du Bocage réalise ce dessin, qui est
la première représentation en géometral de Smyrne. Grâce à des indications
données par plusieurs sources locales, Barbié donne une représentation
assez inexacte, mais en même temps très précieuse, de cette ville
où il n'est jamais allé.

L'ingénieur
italien, qui est également connu pour ces travaux d'urbanisme à
Constantinople, leva le premier plan exact de Smyrne. Son " Guide
de Smyrne " est une mine de renseignement qui concerne autant la
ville antique, dont Storari a minutieusement examiné les vestiges,
que la ville moderne, qui va connaître peu de temps après deux bouleversements
: construction d'un port régulier en remplacement des échelles (1867-1875),
et réalisation de deux voies ferrées menant respectivement aux gares
d'Alsancak (1860) et Basma-hané (1865).
Ces
deux vues presque contemporaines montrent l'intérêt des voyageurs
au XIXe siècle pour les vestiges peu explorés de la ville. Tous
deux architectes, ils appartiennent en outre à une génération où
le crayon est encore pour quelques années le seul moyen de garder
une trace des choses vues.
Beaucoup
de vues de cette époque restent peu connues, soit parce qu'elles
sont restées inédites, soit parce que les ouvrages dans lesquels
ils apparaissent ont été peu diffusés.
Plusieurs
aqueducs ou ponts anciens ont disparus ou ont étés mutilés lors
de la création des routes modernes d'accès à la ville. Le pittoresque
dessin de Chenavard, reproduit par son ami graveur E. Rey, est la
seule vue de l'agora, jusqu'aux fouilles entreprises par Selahattin
Bey, Directeur du Musée archéologique d'Izmir, en 1932. Il montre
l'agora envahie par les tombes dont beaucoup sont encore visibles
sur le site.

Avec
pour arrière-plan un panorama du port de Smyrne, cette gravure représente
avec beaucoup de fidélité les protagonistes de cette entrevue. Jusqu'à
l'instauration tardive d'une municipalité propre à Izmir, le Cadi
(Juge) était le représentant de la Sublime Porte. Le régime des
Capitulations, instauré sous François Ier et Soliman le Magnifique,
fut renouvelé, non sans difficulté sous Louis XIV. La France jouait
de ce fait un rôle majeur dans la défense des intérêts européens
en terre turque.
Le
déplacement du siège de l'autorité turque de Aydýn à Izmir traduit
l'émergence des élites locales et la consolidation des institutions
ottomanes, prélude à l'indépendance politique, économique et culturelle
de la future République de Turquie.

Colloque
international organisé par le Centre Culturel Français et la Chambre
de Commerce d'Izmir
Comité Scientifique
:
Çýnar Atay (DEÜ),
Pierre Chuvin (IFEA), Jean-Luc Martinez (Louvre), Gilles Veinstein
(Collège de France)
Après le colloque
" Izmir au miroir des voyageurs français et de l'histoire " qui
s'est tenu en avril 2001, ce nouveau colloque a pour but de dresser
un panorama des relations sur le plan politique, social et culturel
entre la France et Izmir durant ces trois siècles.
Notre souhait
est de privilégier des interventions de chercheurs qui, ces dernières
années, ont travaillé précisément sur ce sujet, afin que ce colloque
reflète les progrès récents de nos connaissances sur un sujet qui
suscite depuis longtemps l'intérêt des historiens et des érudits.
Ce premier volet,
d'un ensemble de trois, sera l'occasion d'une rencontre entre chercheurs
français et turcs qui parfois utilisent des sources distinctes,
et ainsi enrichira les perspectives de travail des uns et des autres.
La participation d'une équipe française aux travaux archéologiques
en cours à Izmir a récemment démontré le caractère fructueux d'une
telle collaboration.


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